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CIMETIÈRE DU PÈRE LACHAISE


Père Lachaise
À l'origine le Père Lachaise était un quartier pauvre aux rues ventées et aux avenues sombres, fréquenté par de nombreux hors-la-loi. La colline sur laquelle s'étend le cimetière, lieu-dit “le Champ-l'évêque" parce que l'Evêque de Paris y possédait des vignes, fut rachetée par un riche marchand qui y fit construire sa demeure en 1430. Au 17ème siècle les Jésuites rachetèrent l'habitation pour la transformer en une maison de repos pour les membres de l'ordre. Le père François d'Aix de La Chaise d'Aix- plus connu sous le nom de Père Lachaise- était le confesseur de XIV. C'est après une visite de Louis XIV en ces lieux au moment de la Fronde en 1652 que cette colline fut rebaptisée le Mont Louis. Lorsque le Père La Chaise mourut en 1709, la propriété, grâce aux dons royaux, s'était considérablement agrandie. Le comte de La Chaise, chef de la garde du roi et frère du confesseur y donnait des fêtes splendides pour les courtisans. En 1736, les Jésuites furent expulsés à cause d'impayés et le domaine racheté par la famille Baron en 1771. Sous la Révolution et l'Empire, la propriété tomba en décadence et fut détruite ; les 17 hectares revinrent finalement à la Ville de Paris, qui cherchait un nouveau lieu de sépulture, et c'est l'architecte Brongiart qui fut chargé de l'aménagement du cimetière, lequel ouvrit ses portes le 21 mai 1804. La préfecture avait décidé de libérer les cimetières situés près des églises intra muros, et c'est le Père Lachaise qui fut choisi pour recevoir les sépultures qui se trouvaient précédemment dans le 5ème, 7ème et 8ème arrondissement. La situation était effectivement catastrophique, la crainte de "miasmes" contagieux provenant des corps très forte, il s'agissait de trouver d'urgence de nouveaux lieux de sépulture. C'est de cette époque que datent les cimetières périphériques en style gréco-romain, y compris le Père Lachaise. La pestilence qui émanait des fosses communes des Saints Innocents porta à l'exhumation et au déménagement des restes humains qui s'y trouvaient, le tout ayant lieu les nuits d'hiver pendant une période de deux ans, de 1785 à 1787. Ces os furent transportés dans les catacombes, suivant le modèle de la Rome antique. Les Catacombes de Paris étaient alors des carrières abandonnées, peuplées de voleurs et de sans-abri. Les os furent triés avec soin et empilés en ordre, suivant l'exemple romain. Le déménagement des sépultures des cimetières parisiens dans les catacombes se poursuivit jusque vers la fin des années 1870. Les Catacombes abritent les restes de près de 6 millions de Parisiens.

Père Lachaise
Les Catacombes devinrent un lieu à la mode pour la noblesse parisienne, qui y organisait des dîners festifs et des pique-niques. L'infrastructure des égouts de Paris fut rapidement dépassée par la croissance de la ville, ce qui contribua à créer de sérieux problèmes d'hygiène et de santé publique. En 1663, un quart de des 10 kilomètres d'égouts furent fermés.
Ces égouts étaient un ouvrage de qualité médiocre, et les conduits eux-mêmes difficilement localisables, cachant bien leur contenu mais malaisés à nettoyer et à déboucher, vu que l'eau y coulait seulement en cas de pluie. Jusqu'en 1820 les égouts étaient faits de pierres mal dégrossies rectangulaires, qui empêchaient la vase de s'écouler. Certains citoyens soutenaient que "peut-être Paris n'était pas encore prêt à affronter la responsabilité de l'entretien des égouts" et nombreux étaient ceux qui affirmaient que pas d'égouts du tout se révélait en fin de compte plus sain que des égouts mal entretenus. La suffisance parisienne fut l'objet de beaucoup de critiques et le gouvernement fut comparé dans un sens négatif au patriotisme civique des antiques romains, qui maintenaient avec un savoir-faire légendaire leurs égouts et aqueducs. Les révoltes populaires de 1830 et 1848 visaient les riches, les médecins et le gouvernement. La révolution fut liée aux maux du peuple et en particulier aux maladies, c'est pourquoi on espéra que des égouts bien entretenus constituerait un remède efficace à la fois contre les épidémies et contre la fièvre révolutionnaire. Entre 1832 et 1834, 14 kilomètres supplémentaires d'égouts furent construits. La nouvelle structure était faite de mortier et de pierres meulières, avec des conduits de forme ovale facilitant l'écoulement des eaux usées. En 1840 le réseau des égouts parisiens avoisina les 96 kilomètres. Les égouts furent ouverts au public à l'occasion de l'exposition universelle de 1867. Ces tours étaient organisés dans des chariots et des barques de luxe conduits par des égoutiers vêtus de blanc. Pour visiter ces égouts immaculés, le public venait dans ses plus beaux atours. Cette infrastructure moderne et technologique, au lieu d'être une source de dégoût et de crainte donna au gouvernement une aura de compétence, d'ordre et de raison. Les visites des égouts sont encore possibles de nos jours.
De la même manière les nouveaux cimetières parisiens affirmèrent une nouvelle conception d'ordre et de respect pour le défunt, en nette rupture avec la vison précédente du corps humain comme simple détritus. Philippe Auguste fit installer le gibet royal de Montfaucon au nord de Paris, mais ce site ne servit pas seulement de lieu d'exécution publique, il était également utilisé comme dépotoir. Des milliers de personnes furent pendues à Montfaucon. Nombreux étaient ceux qui après avoir étés torturés à mort, restaient pendus au gibet ou aux arbres avoisinants et pourrissaient jusqu'à ce que leurs os tombent au sol. Leurs dépouilles étaient alors jetées dans une fosse avec les déchets ménagers, les excréments et les gravats. Cette pratique, qui se basait sur le refus chrétien d'enterrer les criminels, avait pour conséquence une odeur pestilentielle que l'on pouvait sentir loin dans Paris, et qui était supposée avoir un subtil effet dissuasif sur les criminels. Cette coutume se maintint jusqu'au 18ème siècle. Parent-Duchatelet, médecin hygiéniste du début du 19ème, fait référence à Maontfaucon comme « l'épicentre de la puanteur ». Bien que les exécutions de criminels n'aient plus lieu à Montfaucon dès le 18ème siècle, on continua à y jeter des corps avec les ordures, ceux des guillotinés de la Révolution inclus. Après la Révolution, l'opposition religieuse à l'enterrement des criminels disparut. Le Cimetière du Père Lachaise ouvrit ses portes en 1804 et se révéla tout de suite être un objet intéressant de spéculation foncière. Frochot, l'urbaniste en charge du développement du cimetière, réussit à persuader les autorités de re-enterrer Molière, La Fontaine, Abélard et Héloïse dans son nouveau cimetière.
Rapidement le Père Lachaise devint le dernier lieu ou plutôt l'ultime demeure à la mode parmi les gens riches et célèbres, mais également un symbole e l'efficacité du gouvernement. Frochot réussit même à revendre un bout de terrain à l'ancien propriétaire en réalisant une plus-value qui dépassa de loin le prix d'acquisition de l'ensemble du site. Aujourd'hui encore, le prix d'une concession est extrêmement élevé. Il est intéressant d'observer que certaines des personnalités les plus célèbres enterrées ici ont des tombes qui passent quasiment inaperçues, alors que ceux dont la gloire est tombée dans l'oubli en même temps qu'ils entraient dans la tombe possèdent les monuments funéraires les plus imposants.
Parmi les 20 cimetières que compte Paris, le Père Lachaise est le plus célèbre ; il a actuellement plus de 70.000 emplacements et accueille chaque année plus de 2 millions de visiteurs venus du monde entier. Avec ses 44 hectares et ses 5.300 arbres, le Père Lachaise se présente également comme le plus grand parc de Paris. Au-delà de sa fonction primaire, cette nécropole d'inspiration romantique conçue par Brongniart est devenue un musée en plein air et un jardin panthéon. A l'origine, le Cimetière était nommé Cimetière de l'Est. L'ancien propriétaire du terrain, James Baron, y fut enterré en 1822, de même que l'architecte du lieu, Brongniart. Avant 1850 le cimetière fut agrandi 5 fois. Dès son origine, le cimetière fut ouvert aux différentes confessions. Les étudiants de l'école polytechnique y construisirent des murs pour le transformer en une forteresse pendant les combats de 1814. Toutefois les Russes réussirent à prendre le cimetière après le troisième assaut. Pendant les batailles de la Commune en 1871, les Fédérés furent enterrés ici, y compris ceux exécutés dans le cimetière même et ceux morts dans les combats de la rue de la Roquette et de la place Voltaire. 1018 personnes trouvèrent la mort au total.
Les plus vieux os identifiés présents dans le cimetière sont ceux de Abélard, décédé en 1141 et d'Héloïse, morte 23 ans plus tard en 1164 à l'age de 63 ans. Avant d'atteindre leur dernière demeure au Père Lachaise en novembre 1817, les amants auront fait un long voyage. La veuve d'Henri III, Louise de Lorraine, morte en 1601, fut déplacée jusqu'ici sous les ordres de Napoléon en 1806. Louis XVIII, au contraire, déménagea en grande pompe du Père Lachaise à Saint-Denis en 1817. Après l'ouverture du cimetière en 1804, la liste des personnalités célèbres enterrées ici devint rapidement très longue, constituant une sorte de Who's Who de la France à travers 200 ans d'histoire. Dans cette rangée on peut voir un monument avec l'inscription «A la mémoire de tous les Espagnols mort pour la liberté 1939 – 1945» et «10,000 morts et déportés, 25000 tués dans la Résistance» Parmis les célébrités enterrées ici on compte Marcel Proust, Oscar Wilde et Honoré de Balzac, la chanteuse Edith Piaf, Chopin et Jim Morrison (dont la tombe est la plus fréquentée).

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